Si les philosophes de gauche s’attaquent beaucoup au concept de la propriété, on remarquera néanmoins que la propriété intellectuelle est souvent malheureusement trop absente des débats dans les milieux communistes et anarchistes.

On trouvera même un grand nombre d’intellectuels à l’extrême gauche pour nous répondre que le droit d’auteur est un droit sacré, et une conquête sociale qu’il faut préserver contre le grand méchant néolibéralisme qui voudrait voler les auteurs sans les payer à travers les grands méchants pirates d’internet.

L’idée qu’internet allait changer le monde en diffusant la connaissance gratuitement dans le monde entier était peut-être malheureusement une utopie de vieux hippie bourgeois, qui a fini par être totalement absorbée par le grand capital et les grandes entreprises comme Google, Microsoft et toute la clique.

Cependant cet épisode aura permis de mettre en lumière quelque chose : le rôle extrêmement important de la propriété intellectuelle dans le système capitaliste.

Nous vivons dans un monde fini aux ressources limitées. Mais le système capitaliste a besoin d’une croissance illimitée pour survivre, sans laquelle il s’effondrerait de lui-même.

Alors que faire quand toutes les ressources sont exploitées et qu’il n’y a presque plus de richesse à créer ?

C’est très simple : Créons de nouveaux marchés basés sur la rareté artificielle et des objets ou des concepts virtuels !

On parles souvent des brevets logiciels qui empêchent les utilisateurs de copier un logiciel d’une machine à une autre, ce qui devient problématique lorsqu’il s’agit d’une voiture ou d’un tracteur et que cela vous empêche de faire réparer votre machine chez le mécano du quartier.

Quand les fermiers américains sont obligés de pirater leurs propres tracteurs pour pouvoir les réparer

La crise du covid-19 a également mis en évidence le problème des brevets sur les médicaments qui empêchent artificiellement les usines de fabriquer les soins dont les populations auraient besoin.

Les vaccins doivent être un bien public mondial

Une pétition a même été lancée par la CGT et plusieurs ONG pour demander de faire du vaccin un bien public (sous entendu : retirer aux laboratoires leur propriété intellectuelle) : https://noprofitonpandemic.eu/fr/

On entendra plus rarement parler du problème des brevets sur les plantes, qui fournissent à certains géants de l’agroalimentaire une exclusivité sur une immense variété de plantes, forçant les agriculteurs à se fournir chez de grandes multinationales en graines volontairement stérilisées, interdisant parfois même aux agriculteurs de vendre leurs propres graines.

«Pour la première fois, on est en pleine légalité lorsqu’on vend des semences paysannes»

Je sais qu’il est assez difficile d’imaginer un monde où la propriété n’existe pas, mais je pense qu’il est assez facile d’imaginer un monde sans propriété intellectuelle.

Mais alors, comment rémunérer les artistes me répondrez vous ?

Très bonne question. Pour commencer, saviez vous que les lois à propos de la propriété intellectuelle n’ont aucun rapport avec les lois sur le droit d’auteur ?

Les lois sur le droit d’auteur ne s’appliquent qu’aux œuvres d’art. La propriété intellectuelle est un domaine totalement à part. On peut tout à fait contester les lois sur la propriété intellectuelle sans contester le droit d’auteur.

Maintenant essayons d’aller un peu plus loin.

Comment payer les artistes sans le droit d’auteur ?

Cela va peut être vous surprendre mais la grande majorité des revenus des artistes n’ont strictement aucun rapport avec le droit d’auteur.

Les artistes sont principalement payés aux commandes ou aux performances, parfois sur leur merchandising également.

Maintenant question problématique : où s’arrête le droit d’auteur ?

Le cinéma est reconnu comme un art. Certaines personnes veulent que le jeu vidéo devienne un art. D’autres aimeraient que la cuisine devienne un art.

Vous imaginez ce monde merveilleux où en allant à la boulangerie, vous devriez payer un droit à l’auteur de la recette de la baguette de pain ? Le capitalisme en rêve.

Au lieu de payer un droit d’auteur sur le CD d’un musicien, pourquoi ne pas simplement lui payer une plus-value sur la vente de son CD ? Le musicien est il un être socialement si supérieur au boulanger ?

D’ailleurs, que savez vous de ces organismes opaques que sont les sociétés d’ayant droit telles que la SACEM, la SACD ou la SCAM ? Ces mêmes entreprises privées qui interdisent à leurs membres de publier des morceaux dans le domaine public, et qui récoltent chaque année des milliers d’euros de taxes copies privées en France sur la moindre Clé USB, la moindre carte SD, le moindre disque dur externe ? Où va tout cet argent ? Qui le redistribue ?

Quelques débuts de réponses sont trouvables mais ce n’est pas encore très évident.

La propriété intellectuelle est un combat de fond à mener contre le capitalisme qui ne lâchera aucune miette.

Faisons en sorte d’agrandir le plus possible les domaines publics et les domaines des communs afin de protéger les cultures, les savoirs, et les innovations.

En savoir plus sur ce sujet :

PS : la prochaine fois que vous vous laverez les mains au gel hydroalcoolique, ayez une pensée pour le docteur Didier Pittet qui a empêché sa privatisation, en renonçant à toucher au passage 1.5 milliard d’euros par an.

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À propos de l’auteur

Saxophoniste 🎷
Intéressé par la musique et les arts, internet et les médias.

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