Je suis venu pour honorer, et je suis venu pour sanctionner.

Le virilisme c’est quoi ?

Tout d’abord il ne faut pas faire l’amalgame entre virilisme et virilité. La virilité c’est simplement le fait de porter des caractéristiques considérées comme viriles au sein de la société dans laquelle on vit, tandis que le virilisme est une idéologie aux tendances réactionnaires selon laquelle les hommes ne sont plus de « vrais hommes » au sens où ils auraient perdu leurs valeurs viriles et que cela sera la racine de certains problèmes sociaux et personnels. Pour certains virilistes, notamment les plus médiatisés, le plus gros symptôme de cela c’est le manque de muscles. Dans notre société, le fait que les hommes musclés soient peu nombreux et que les muscles ne donnent pas d’autorité semble choquer les virilistes. Ils imaginent qu’il y a un ordre naturel des choses dans lequel les hommes les plus baraqués, c’est-à-dire des mâles alpha, devraient avoir autorité. Le slogan de Papacito et Marsault : « Quand les hommes de 100kg parlent, les hommes de 50kg écoutent. »

Papacito se revendique du christianisme, pourtant son discours est une sorte de pseudo-nietzschéisme pour débiles où on se vante d’écraser les autres et où on aime la loi du plus fort. Ce n’est pas très chrétien.

La virilité dans l’histoire

Le fait de rechercher une virilité qu’on aurait perdue est assez caduque. En réalité la notion de virilité – tout comme celle de féminité – évolue avec le temps. Et à travers les âges, le centre de la virilité n’est pas forcément la musculature.

Au Moyen-Age la virilité ne passe pas par le fait de montrer des gros muscles de statues à poil comme dans l’Antiquité, ce serait indécent pour des chrétiens de l’époque. Et encore même dans l’Antiquité, malgré les beaux muscles saillants des statues de Dieux, la virilité passait aussi avant tout par des valeurs. Au Moyen-Âge la virilité passe plutôt par des attributs militaires et chevaleresques, mais surtout par les valeurs de chevalerie. Plus tard, au XVIe siècle, la virilité passe aussi par la courtoisie avec les femmes, le respect de la politesse et même la délicatesse. Et on parle d’Ancien Régime, donc d’une période que Papacito décrit comme étant « lourde » en opposition à notre époque à nous.

C’est plutôt au XIXe siècle puis surtout au XXe siècle qu’on commence lentement à remettre le corps au centre de la virilité. Dans une logique militariste, les régimes fascistes vont vanter la musculature en imitation kitsch des modèles antiques qu’ils fantasment. À gauche, les communistes vantent aussi la musculature des ouvriers qui travaillent (en opposition aux bourgeois souvent représentés comme gros) et cette musculature est mise en scène dans un combat révolutionnaire contre le capitalisme.

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Le fait de remettre les corps musclés au cœur de la virilité avec une recherche individualiste de la virilité pour soi sans but politique, ça date plutôt d’après la seconde guerre mondiale. On se met à placarder partout des corps de beaux mannequins et de belles bimbos à poil dans les pubs, et les hommes montrés comme canons de beauté sont les musclés.

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Là où les communistes et les fascistes vantaient la recherche de musculature comme un moyen de défendre sa classe sociale ou sa nation, les virilistes modernes vous proposent de vous muscler avec comme seul but suprême de pécho des nanas et de ne plus avoir l’air d’un « cuck ».

Puisque les virilistes sont aussi souvent de faux patriotes plus dépolitisés qu’il n’y parait, Papacito fait du french-bashing et crache injustement sur le cinéma français tout en adulant les blockbusters américains, notamment ceux des années 80-90 où ce cinéma montrait beaucoup de corps hypertrophiés.

Au sujet du cinéma hollywoodien qui servait et sert encore de soft-power états-unien et de propagande anticommuniste, je conseille l’excellent livre Hollywood, le Pentagone et le monde de Jean-Michel Valantin.

Le virilisme, une idéologie pour adulescents attardés

Ce qui est assez drôle c’est que beaucoup de choses que les virilistes pointent du doigt comme étant une « féminisation » de la société relève plutôt d’une infantilisation de la société dont j’avais déjà parlé dans un article. Et ce virilisme décérébré, il participe complètement à cette infantilisation de la société par ses discours débiles, immatures et superficiels.

Papacito se comporte par exemple comme une racaille de collège dont la seule et unique valeur est d’abuser de son ascendant physique. C’est par exemple le cas lorsqu’il s’amuse à piquer le micro d’un journaliste de Quotidien pour l’humilier.

Le virilisme étant assez peu intelligent et fin comme discours, on en fait vite le tour. C’est une idéologie de PNJ qui ne réfléchissent pas vraiment et les virilistes se ressemblent tous un peu, mais avec quelques légères différences.

Là où un Papacito serait un chrétien vantant les mérites du sud de la France et se prendrait pour un Wisigoth, Oleg le Viking est un Français qui ne s’aime pas au point de se prendre pour un Scandinave et qui fétichise les pays du nord. La vidéo ci-dessous est la plus débile que j’ai pu écouter dans toute la sphère viriliste.

On notera que comme Papacito, Oleg le Viking reprend le concept de « street credibility » des gangs américains qui a été popularisé par le rap US. Car encore une fois les virilistes sont des américanoïdes qui fétichisent la racaille, un peu comme les bobos gauchistes qui fument du shit. Le virilisme néopaïen est le plus infantile de tous à mes yeux car il se base sur des superstitions. Et c’est drôle quand on sait que les personnes de la génération d’Oleg les plus sujettes à la superstition sont… les femmes. Oleg a peut-être des œstrogènes insoupçonnés.

En tout cas vous voyez que ces trucs débiles se basent sur une sorte de cosplaying assez chelou de types qui se prennent pour des surhommes d’une époque qu’ils fantasment. On dirait des enfants qui jouent.

Le viriliste se veut réactionnaire et se rêve traditionaliste, mais comme la plupart des réactionnaires il est en réalité un pur produit du capitalisme et de notre époque, et c’est aussi un américanoïde aliéné par l’impérialisme américain.

Le virilisme, un business aussi lucratif que l’intersectionnalité

Pourquoi je parle de capitalisme ? Car ce discours, en plus de dépolitiser ceux qui y adhèrent tout en ayant un fond libéral, il est très lucratif. On a par exemple le Raptor Dissident qui surfe sur ce discours et vend des services de coaching et des compléments alimentaires. On en a un autre qui est plus rigolo mais aussi plus charlatan, c’est Julien Rochedy qui vendait des formations pour « devenir un homme ». Je ne sais même pas si on peut ranger Rochedy dans les virilistes fétichisant les muscles car dans son école on apprend qu’être viril c’est visiblement être en surpoids, devenir alcoolique et taper sur des gens qui vous approchent de trop près. On voit que c’est très sérieux, vous allez réussir votre vie avec ça.

Je veux bien croire qu’on se sente plus viril après s’être mis à la musculation avec un coach, par contre je doute que les formations de Rochedy aident à quoi que ce soit.

Ce discours viriliste s’adresse à des hommes qui se sentent mal dans leur peau et lésés par la société actuelle, des gens qui sont pauvres, déclassés, subissent de plus en plus le célibat de longue durée pour des raisons sociologiques, etc. Et plutôt que de leur parler de politique concrète sur ces sujets-là, on instrumentalise leurs frustrations pour leur faire payer des formations sportives ou même des arnaques et on leur explique que leurs problèmes sont dus à leur manque de motivation ou que c’est rien que la faute des vilains gauchistes. Vilains gauchistes qu’ils pourront aller traiter de « cucks » après avoir dépensé des centaines d’euros en formations débiles de Rochedy. Julien Rochedy est le pendant pseudo-intellectuel de ce mouvement viriliste. Mais au fond, il raconte beaucoup de merde. Et dites-vous qu’en France c’est sûrement le gars le plus cultivé parmi les célébrités du mouvement. Le niveau est bas. Très bas.

Sont-ils représentatifs du virilisme ?

Comme à chaque fois que je critique le virilisme on me dit que je ne me concentre que sur des cas anecdotiques, je coupe court de suite à cet argument : dans cet article j’attaque cette idéologie sur ses têtes d’affiches et la vulgate qui en découle. Les trois zigotos que j’ai critiqués ici sont les plus suivis dans les sphères virilistes francophones et se sont faits connaitre sur Internet, j’estime donc que je peux les considérer comme des représentants de cette idéologie. Si les virilistes les rejetaient, ils ne les suivraient pas à ce point.

Si vous pensez qu’on doit critiquer une idéologie sur ses théoriciens et non sur ses influenceurs les plus connus, alors lorsque vous critiquez l’intersectionnalité arrêtez de critiquer de Michel J ou Rokhaya Diallo et allez lire les thèses universitaires des doctorants de cette idéologie ?

À propos de l’auteur

Travailleur d'une banlieue de province, possède une licence d'histoire, adhérent à République Souveraine.

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2 commentaires

  1. <>

    Ola, même la gauche qui se dit intersectionnelle devrait le faire. Ils se rendraient compte que c’est pas vraiment ce qu’ils défendent à longueur de journée sur twitter.

    Au passage, c’est une erreur de reprendre le discours universitaire (souvent interprété à côté de la plaque) et le transposer en idées politiques brutes – il y a une raison si les militants passent leur temps à dire aux gens qu’ils doivent s’éduquer, en arrivant avec un vocabulaire que eux maitrise devant des gens qui n’y comprenne rien.

    En tout cas merci pour l’article. Rochedy est vraiment un sacré phénomène dis donc…

  2. Merci pour cet article, intéressant et bien argumenté.

    Au passage merci pour ce site, twitter c’est sympa, les « vrais » articles c’est cent fois mieux.

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