Tout le monde s’engueule aujourd’hui… Et c’est pas nouveau, ça fait un bout de temps qu’elle nous pèse cette question du racisme, et qu’elle pourrit tout. Y’aurait les antiracistes d’un côté et, forcément, les racistes de l’autre, et ce serait ça qui structurerait tout le débat politique, y paraît. Les gens s’engueulent oui, ça les prend aux tripes, ça a fait pas mal de dégâts faut dire, le racisme. Historiquement je veux dire. Ça a été une belle saloperie. Mais aujourd’hui est-ce que c’est vraiment là-dessus qu’y faudrait s’engueuler ? Je crois pas.

Regardons ensemble[1], qu’est-ce que c’est un raciste ? Je crois savoir qu’un raciste c’est un type qui a tout un tas de clichés et de préjugés dans sa tête, un type qui sans même connaître quelqu’un pense que ce quelqu’un est comme-ci ou comme-ça. Et forcément il a toujours des préjugés mauvais, le raciste, il pense toujours que l’autre est une ordure. C’est un con quoi le raciste, un sale con, en somme.

Donc, ne pas être un raciste, c’est être l’opposé de ce qu’est un raciste. C’est ne pas avoir de préjugés ou de clichés sur quelqu’un avant de le connaître, c’est tout, et c’est rien de plus que ça. C’est ne pas être con.

Maintenant on nous dit que les racistes sont des millions, et que ce serait un danger imminent, et qu’il faudrait s’organiser et militer contre eux, et que c’est absolument inconditionnel, ne pas être raciste ne serait pas suffisant, faudrait être antiraciste.

Alors on sera antiraciste, et on fera des manifestations antiracistes, avec des ballons, et des pancartes, et on dira que c’est pas bien d’être raciste, et on s’indignera sur le Twitter de tel ou tel type qui dira des trucs racistes, sur Twitter.

Je veux bien mais est-ce qu’un raciste est déjà devenu non raciste en entendant un discours antiraciste ? Je ne crois pas non plus.

Je crois qu’il faut constater l’inefficacité des mouvements antiracistes, si leur objectif était de faire baisser le nombre de racistes en tout cas. Mais on sait bien que ce n’était pas leur objectif. L’idée était plutôt pour Mitterrand de trouver une lutte de substitution après avoir abandonner le socialisme, c’est comme ça que c’est né, historiquement[2], l’antiracisme politique. Dès le départ l’antiracisme officiel a été un instrument politique, comment les choses pouvaient-elles bien tourner ?

J’ai moi plutôt l’impression que l’antiracisme a fait monter le racisme, je veux dire, le nombre de racistes. Très clairement, j’entends de la part des antiracistes officiels un discours qui le fait monter. Car principalement, pratiquement, le discours qu’a tenu l’antiracisme officiel était un discours qui visait à exacerber l’identité des minorités. C’est toujours cette connerie d’identité au fond. Et c’est toujours mauvais quand l’identité se fonde sur la couleur de peau, ou sur la race ; sur le visible et non pas sur les idées ; sur ce qu’on est et non pas sur ce qu’on pense.

L’antiracisme officiel dit : il faut se sentir fier d’être originaire de tel ou tel pays, et d’avoir tel ou tel type, il faut avoir un peu de mépris pour les Blancs, ces descendants de colons, et un mépris total pour les Noirs et les Arabes qui ne souscrivent pas au discours antiraciste, ces traîtres. Ces derniers sont même une cible principale et récurrente de l’antiracisme officiel, évidemment ! Puisqu’ils ont commis le crime de ne pas penser comme il fallait selon leur couleur de peau. Pour l’antiracisme officiel il faut penser selon sa couleur de peau, y’a comme une sorte de lien inaltérable entre l’épiderme et le cerveau, les Arabes et les Noirs doivent rester bien à leur place, celle des Arabes et des Noirs. Moi je postule la liberté de l’âme humaine.

De plus, politiquement, à partir du moment où on l’on braque tous les projecteurs sur le racisme, où la division politique se fonde là-dessus, où quasiment être de gauche ne signifie plus qu’être antiraciste, et où les procédés d’intimidation usuels de la politique sont mis en œuvre, un grand nombre de gens vont se braquer et vous allez avoir un grand nombre de ces gens qui vont rejeter le discours antiraciste, et qui peut-être vont devenir racistes.

Je crois moi que la meilleure façon de faire baisser le racisme c’est de ne pas trop en parler déjà, et puis de laisser faire les travailleurs de l’ombre, et attendre. Et il faut s’intéresser à la question économique. On sait bien aujourd’hui que les périodes de crises économiques et de paupérisation provoquent une montée du racisme, on peut raisonnablement en déduire qu’une période de prospérité le ferait baisser. On a toujours su du reste qu’un chien affamé est toujours plus agressif qu’un chien repu. Réenclencher une forme d’ascenseur social permettrait aux descendants d’immigrés de s’éparpiller dans la société, eux qui en général ont commencé en bas.

Il faut pointer le peu de levier dont dispose le politique afin de faire baisser le racisme. L’exécutif possède une petite marge de manœuvre, il a le choix de faire appliquer ou non les sanctions des agents publics accusés de racisme, mais c’est pas grand-chose. Le législateur, lui, est désormais totalement impuissant face au racisme, en tout cas depuis 1972, date de l’adoption de la loi contre le racisme, par le chrétien-démocrate René Pleven (un homme qui avait vu ce qu’était concrètement que le racisme, comme tout le monde de plus de 30 ans de ce temps-là).

Mais ni l’exécutif ni le législatif ne peuvent opérer l’opération qui conduirait un raciste à devenir non raciste. Ce n’est pas de leur domaine, de leur champ d’action. Ne pas être raciste tient du domaine de la raison. Et la raison n’engage pas de rapport de force politique à la déraison. Elle réduit tant qu’elle peut la déraison par des moyens qui ne sont pas les moyens de la politique, puisqu’ils sont les moyens de la raison.

Ainsi combattre le racisme est du domaine civilisationnel et non pas politique, et quand je dis civilisationnel je suis très concret, je parle du monde réel, combattre le racisme consiste à ne pas être con dans la vie réelle, et aider les autres à ne pas être con.

J’ai parlé plus tôt des travailleurs de l’ombre, et c’est pour leur rendre un hommage que ce papier est écrit. Car il y a des antiracistes réels, je veux dire : il y a des gens qui font réellement baisser le racisme. Ces gens, ces typés, ces racisés, ces d’origine-immigrés qui par leur intelligence, leur travail, leur dévouement, leur sérieux suscitent le respect, ou l’admiration. Les gens ordinaires, les gens qui ne font pas les malins. Qui bien souvent sont modestes, qui peuvent donner parfois des leçons d’humanité (car on ne sait toujours pas être humain). Eux ont réellement fait passer un certain nombre de personnes de raciste à non raciste. Ces gens, qui sont légion, forment l’armée secrète de la République, sans le savoir, ils sont les conjurés, et travaillent dans le secret à l’établissement d’une société libérée du racisme.

Si j’écris aujourd’hui c’est pour donner un avertissement, car nous en sommes au point où les tenants de l’antiracisme officiel viennent saboter le travail des antiracistes réels. Les antiracistes officiels parlent fort, ils prennent la place, ils sont immodestes, ils s’arrogent le travail des autres, et ne créent que des nuisances, mais nous devons faire en sorte qu’ils n’arrivent pas, qu’ils n’arriveront jamais à détruire l’œuvre des travailleurs de l’ombre, qui ont tant fait, pour nous, pour la République, pour la fraternité.

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Gauche sans gauchisme
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