La curieuse ligne éditoriale du Washington Post

Le 23 octobre 2020, après l’assassinat de Samuel Paty, le Washington Post sort un article titré ainsi : « Au lieu de combattre le racisme systémique, la France veut “réformer l’Islam” ». Rien qu’au titre, rien ne va. Mettre en guillemets l’expression « réformer l’Islam » laisse supposer que cela viendrait d’une citation d’un homme d’État, ou a minima de l’opposition ou d’analystes. Mais jamais l’article ne nous dira d’où ça sort, j’imagine donc que ça vient de nulle part. Rien qu’au titre, ça annonce du lourd en termes de déontologie journalistique : on invente des citations pour faire vendre. Notons par « réformer l’Islam », l’article parle en réalité des mesures d’Emmanuel Macron contre l’islamisme, mais nous y reviendrons plus en détail après. Le titre met donc la lutte contre le « racisme systémique » et la lutte contre l’islamisme en opposition, or on ne voit pas en quoi ce serait incompatible, surtout sachant que dans la définition actuelle de « racisme », beaucoup – surtout à gauche – englobent l’intolérance religieuse, et les islamistes prônent justement l’intolérance religieuse envers les mécréants. Évidemment on pourrait aussi critiquer la notion de « racisme systémique » concernant le cas français, sachant que l’article ne définit même pas ce terme pourtant sujet à de grandes batailles sémantiques, mais on ne va pas s’attarder là-dessus.

Pour le reste, l’article soutient mollement certaines mesures consensuelles d’Emmanuel Macron – comme la dissolution d’associations prônant la violence – et nous explique que la racine du problème, c’est le racisme.

« Ce que nous devons combattre, c’est le séparatisme islamiste », a déclaré M. Macron. Mais la méthode semble conçue pour résoudre un problème différent de celui de la violence terroriste. Au lieu de s’attaquer à l’aliénation des musulmans de Français, en particulier dans les ghettos exurbains de France, ou banlieues — ce qui, selon les experts, est la cause profonde qui laisse certains vulnérables à la radicalisation et à la violence — le gouvernement vise à influencer la pratique d’une foi vieille de 1 400 ans, dont près de 2 milliards de fidèles pacifiques dans le monde, dont des dizaines de millions en Occident. C’est une réponse étrange au problème (bien que celle qui fait écho à la façon dont Napoléon régulait la pratique du judaïsme). Mais c’est peut-être la seule que la France puisse envisager dans un univers où elle ne s’engagera pas à mesurer la discrimination systémique qui alimente tant le « séparatisme » qu’elle cherche à combattre. »

Alors, je suis bien d’accord pour dire qu’il faut démanteler les banlieues pour mieux loger les gens, trouver du travail à tout le monde, éviter l’exclusion, etc. Mais quel rapport avec le racisme ? Tout ça, ce sont des questions économiques et géographiques. Et surtout, quel rapport avec le terrorisme ? Le lien entre exclusion/pauvreté et terrorisme ne fait absolument pas consensus parmi les spécialistes de la radicalisation djihadiste, donc il va falloir prouver qu’il y a un rapport cause-conséquence. Dans « Le jihadisme français », le politologue Hugo Micheron, spécialiste du djihadisme et du Moyen-Orient, note que des communes françaises aux conditions sociales et démographiques équivalentes n’ont pas forcément la même présence de militants islamistes.

Ensuite l’article du Washington Post commence à se plaindre que les femmes musulmanes ont des difficultés à porter le voile en France, et blablabla. Je rappelle qu’à la base l’article est censé parler des mesures d’Emmanuel Macron et de son gouvernement contre l’islamisme, et comme le laissait supposer le titre de l’article ça finit simplement en « ouin ouin islamophobie ». Bref, vous commencez à comprendre la ligne politique de ce journal états-unien.

Le lancement d’une rumeur anti-française

Un mois après l’écriture de cet article, le 20 novembre 2020, une rumeur démarre sur Twitter, partant d’un gros compte suivi par 35 000 abonnés au moment des faits. La personne poste un article de la BBC qui parle des mesures et discours d’Emmanuel Macron contre l’islamisme suite aux récents attentats. Dans cet article, il y a un point où il est question de donner un numéro aux enfants français – peu importe leur origine ethnique ou leur religion – auront un identifiant national pour s’assurer qu’ils vont bien à l’école assidûment. Mais la personne partageant l’article modifie la citation, faisant croire que cette mesure ne s’applique qu’aux musulmans.

Dans les commentaires, quelqu’un lui fait remarquer qu’elle invente une citation qui n’est pas dans l’article. Elle nous explique que ce n’est pas bien grave car même si le l’identifiant sera fait pour tous les élèves, cette mesure se place tout de même dans un contexte de politique « islamophobe ».

On aimerait bien savoir ce qu’Emmanuel Macron a fait passer comme mesure « islamophobe » alors qu’ils ne s’attaque qu’aux islamistes. Je rappelle pour nos lecteurs qu’il est évidemment malvenu de faire des amalgames et que les musulmans ne sont pas tous islamistes. Cette personne fait donc le jeu de l’extrême-droite, ne prenez pas exemple sur elle.

Le lendemain, 21 novembre 2020, Karen Attiah, une journaliste au Washington Post, fait le buzz reprenant la rumeur. Elle nous explique que Macron « veut donner des numéros d’identifiants aux enfants musulmans pour aller à l’école ». Selon elle, « les français non-blancs alertaient au sujet de Macron depuis des années ». À part dans les milieux décoloniaux aux discours déconnectés de la réalité qui voient du racisme chez tous les gens qui ne sont pas d’accord avec eux, je n’ai jamais entendu parler de politique raciste qui émanerait directement d’Emmanuel Macron ou de son gouvernement.

Le tweet a été supprimé depuis mais il est trouvable sur archive.today.

D’autres médias reprennent la rumeur – mais se corrigent après pour la plupart – comme par exemple The Muslim Vibe.

Shireen Mazari, une ministre pakistanaise, réagit sur Twitter en disant :

« Macron fait aux musulmans ce que les nazis ont fait aux juifs – les enfants musulmans obtiendront des numéros d’identité (les autres enfants n’en auront pas) tout comme les juifs ont été forcés de porter l’étoile jaune sur leurs vêtements être identifiés. »

Son tweet a été supprimé depuis.

Le politicien néérlandais Arnoud van Doorn, un homme autrefois d’extrême-droite et islamophobe qui a fini par se convertir à l’Islam, réagit à la rumeur sur Twitter en faisant aussi un parallèle entre la politique d’Emmanuel Macron et le Troisième Reich.

Un contexte mondial de réaction anti-française

Ces rumeurs véhiculées par une journaliste professionnelle du Washington Post sont d’autant plus graves qu’elles se placent dans un contexte de french bashing international.

Suite à l’assassinat de Samuel Paty ayant montré des caricatures du Prophète, certains États musulmans se sont mis à critiquer ouvertement la France en diffamant le gouvernement français. Le chef d’État turc Erdogan a dit que « les musulmans d’Europe sont traités comme les juifs avant la Seconde Guerre mondiale » et a comparé plusieurs chefs d’État européens au nazisme.

Au Qatar, des produits français ont été retirés des rayons de supermarchés. Au Koweit, on retire aussi des produits français des rayons. En Jordanie, des vidéos sur les réseaux sociaux montrent des supermarchés vidés de leurs produits français. On trouve aussi quelques manifestations dans la bande de Gaza, en Tunisie et en Syrie. L’Iran « condamne » le fait que la France défende les caricatures du Prophète. Dans un communiqué, le Maroc aussi « condamne vigoureusement » les caricature du Prophète, sans un mot pour Samuel Paty malgré un appel à ne pas céder au ressentiment à la fin du texte.

Au Pakistan, le parti islamiste Tehreek-e-Labaik a lancé des manifestations géantes contre la France. Ils ont suffisamment fait pression sur le gouvernement pour obtenir l’expulsion de l’ambassadeur Français et un boycott des produits français.

Plus grave, en Arabie Saoudite le consulat français a été attaqué le 29 octobre 2020, peu après l’attaque au couteau à Nice. Le même jour, un ex-premier ministre malaisien a expliqué que les musulmans « ont le droit de tuer des millions de Français ».

La conclusion très intelligente de Rokhaya

La militante Rokhaya Diallo nous apprend que critiquer une personne diffusant des fake news ayant des conséquences à l’internationale c’est de l’acharnement, et puis qu’on aurait dû râler quant au fait qu’il y ait des enquêtes concernant des élèves ayant menacé de mort leurs professeurs ou ayant fait l’apologie du terrorisme. Par contre balancer des fake news allant dans le sens des islamistes en diffamant un pays victime de nombreux attentats et d’une réaction internationale d’États étrangers ligués contre lui, ce n’est pas de l’acharnement.

À propos de l’auteur

Travailleur d'une banlieue de province, possède une licence d'histoire, adhérent à République Souveraine.

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