Cet article est l’épisode pilote d’une potentielle série.

« Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. »

– Karl Marx

L’histoire est essentiellement perçue au travers de grands évènements, de faits et de figures historiques marquantes et de grandes dates, souvent charnières. Cette perspective méthodique est largement défendable, les dates sont des bornes nécessaires pour délimiter certaines périodes, elles aussi nécessaires pour mieux saisir l’évolution des enjeux historiques. Et les grandes figures de l’histoire permettent de mieux situer, sinon comprendre intégralement les différents faits et courants qui marquent le passé. Si cette façon d’aborder l’histoire est largement correcte et utilisée par les plus grands historiens, elle ne dispense pas de donner du crédit aux faits moins importants.

L’histoire n’est pas qu’un ensemble disparate de personnages importants et d’évènements causés par ces personnages, elle est en fait un fil, celui de l’humanité, qui oscille entre rupture et continuité. Difficile à croire dans cette perspective que même le plus insignifiant être humain n’ait pas ne serait-ce qu’un petit rôle à jouer dans ce long fil de l’humanité.

À cette échelle bien sûr, il est difficile de croire aussi que vous ne puissiez avoir une quelconque influence sur le cours des évènements, vous n’êtes ni un chef d’état, ni un grand lobbyiste si vous lisez ce papier. Et pourtant, à l’échelle de votre famille, de votre entourage, votre influence est grande !

Et à l’échelle de votre quartier ou de votre village, l’influence de votre entourage est grande. Ce jeu de répercussions, de causes à effets pourrait continuer, et votre simple existence, par l’influence qu’elle a sur d’autres existences, change en fait le cours de l’histoire.

Bien sûr, vous ne changez pas le monde au même titre que le ferait un leader révolutionnaire, une grande scientifique ou un président, mais, pour sûr, vous y participez ! Il n’y a qu’un seul Che Guevara, mais combien y a-t-il eu de soldats, inconnus, ayant combattu pour lui, et sans qui rien n’eût été possible ? Il n’y a qu’une seule Marie Curie, mais combien de personnes l’ont financée et soutenue ? Il n’y a qu’un Churchill, qu’un Alexandre V, qu’un Charles Quint, qu’un Léonard de Vinci, qu’un Christophe Colomb, mais quid de tous ceux qui les ont suivis, qui les ont aidés ? Eux aussi, par l’acte le plus insignifiant, les ont fait entrer dans l’histoire, ne sont-ils donc pas eux aussi responsable des découvertes et conquêtes de ces grands personnages ?

Ce point historiographique étant terminé, il s’agit désormais de délimiter le sujet de cet article, et de ceux qui suivront. Malheureusement, l’histoire, comme le monde, n’est pas faite pour les dominés. Seuls ceux qui ont réussi, qui ont gagné, peuvent être dignement étudiés, les sources sont en cause, il est rare, sinon improbable de pouvoir se pencher sur des documents ou images portant sur les opprimés de l’époque.

Ainsi, l’histoire ne donne que rarement la parole aux prolétaires, aux esclaves, parfois aux femmes ou aux homosexuels. Lorsque des faits sont rapportés du passé, ils portent parfois sur les groupes dominés, mais c’est toujours la parole des dominants qui les rapporte. C’est pour cette raison, la difficulté d’obtenir des sources fiables en quantité, que nous ne parlerons pas des plus dominés, des inconnus. Notre travail portera sur des personnalités, connues de l’histoire, dont le passé a laissé des traces, même minces. Cela ne fait pas d’eux des élites, des dominants, en tout cas ce n’est pas toujours le cas.

Cela signifie simplement que, par chance -c’est le hasard de l’histoire, cruel et surprenant concept- ou parce qu’ils ont su créer leur propre histoire en se libérant de la domination, l’écho de leurs actes s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui. Ces gens-là, méconnus du grand public mais connus des sources, méritent d’être mis dans la lumière. C’est pour cela, et parce que notre ligne éditoriale est claire, que nous consacrerons une série aux « Grand Inconnus du Communisme », ces personnages atypiques ou ordinaires, magnanimes ou cruels, qui ont marqué le communisme, et l’histoire, sans pour autant que l’on ne les connaisse.

Ce bref point épistémologique, non dénué d’une certaine vision marxiste de la discipline historienne, est terminé, il est temps de présenter la série plus en détail.

Nous tenterons donc dans cette série d’articles de faire connaître les petits noms du communisme à travers le monde et l’histoire et les relierons non seulement à l’idéologie communiste mais aussi au contexte historique de leur époque, dans le but de comprendre comment les figures moins connues de l’histoire peuvent aussi avoir un rôle à jouer dans une des doctrines les plus marquantes de l’histoire moderne. Chaque article aura pour objet une personnalité communiste méconnue du grand public, traité sous la forme d’une dissertation historique, c’est-à-dire avec l’apport d’une problématique qui devrait permettre de survoler les points importants de la vie de la figure étudiée et de son apport au monde dans lequel la figure a évolué. Les articles seront publiés plus ou moins régulièrement, a priori à une fréquence de 2 numéros par mois. Dans l’idéal, les Charles spécialistes des figures étudiées interviendront pour aider à l’élaboration des articles, là aussi, les propositions et idées sont les bienvenues. La cerise sur le gâteau serait de pouvoir contacter quelques historiens professionnels, et experts dans les domaines étudiés, pour apporter des éléments supplémentaires à l’étude de ces Grands Inconnus du Communisme. Il est impossible de déterminer si cela est possible à l’heure actuelle, surtout compte tenu des évènements et de leur tournure imprévisible (merci les Chinois et leurs soupes de pangolin), mais le contact avec certains spécialistes est déjà fait.

Le prochain épisode sera consacré à Gracchus Babeuf. Certains le connaissent, bien sûr, Babeuf est loin d’être méconnu en tant que précurseur du communisme. Néanmoins, il est clair que d’autres le découvriront et il est presque logique de commencer cette série en traitant de ce personnage marquant bien que pas assez reconnu. Vos suggestions et contributions sont évidemment les bienvenues encore une fois !

Bibliographie

Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien (1949)

Eric J. Hobbsbawm, Marx et l’histoire (2011)

Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, (1954)

Antoine Prost, Douze leçons sur l’histoire (1996)

 

À propos de l’auteur

Tu seras sans doute surpris, d'apprendre qu'un employé, chez toi vit moins longtemps, qu'un papillon blessé..
Ce désert s'ra jamais, aussi aride au fond, que tes yeux de requin, et ton coeur de patron

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