Dans la partie III du chapitre XXV de son célèbre Le Capital, Karl Marx nous dit ceci :

Le progrès industriel, qui suit la marche de l’accumulation, non seulement réduit de plus en plus le nombre des ouvriers nécessaires pour mettre en œuvre une masse croissante de moyens de production, il augmente en même temps la quantité de travail que l’ouvrier individuel doit fournir. A mesure qu’il développe les pouvoirs productifs du travail et fait donc tirer plus de produits de moins de travail, le système capitaliste développe aussi les moyens de tirer plus de travail du salarié, soit en prolongeant sa journée, soit en rendant son labeur plus intense, ou encore d’augmenter en apparence le nombre des travailleurs employés en remplaçant une force supérieure et plus chère par plusieurs forces inférieures et à bon marché, l’homme par la femme, l’adulte par l’adolescent et l’enfant, un Yankee par trois Chinois. Voilà autant de méthodes pour diminuer la demande de travail et en rendre l’offre surabondante, en un mot, pour fabriquer des surnuméraires.

En gros, Karl Marx nous explique que pour faire du profit, les bourgeois capitalistes font venir de la main d’œuvre moins chère. À l’époque de Karl Marx, la main d’œuvre moins chère c’est tout d’abord les enfants (les communistes et les socio-démocrates feront tout pour éloigner les enfants du travail) mais aussi les femmes.

(Petite parenthèse : les socialistes de l’époque n’étant pas soraliens, ils ne proposaient pas qu’on renvoie les ouvrières à la couisine – ils pensaient ça impossible dans une société industrielle – mais de les payer pareil que leurs homologues masculins.)

Pour baisser le coût de la main d’œuvre et ainsi augmenter les profits, la bourgeoisie a aussi recours à la main d’œuvre étrangère venant de pays moins développés. Cela se fait de deux manières :
– Les délocalisations.
– L’immigration.

Tout parti de gauche a évidemment critiqué les délocalisations qui font grossir les rangs des chômeurs. Mais c’est aujourd’hui du second sujet que nous allons parler. Ce que les gens savent moins – la propagande mitterrandienne est passée par-là – c’est que beaucoup de partis de gauche critiquaient l’immigration pour des raisons économiques.

De son côté, Friedrich Engels dit dans un chapitre de La situation de la classe laborieuse en Angleterre :

A maintes reprises nous avons déjà eu l’occasion de mentionner l’existence des Irlandais venus s’installer en Angleterre; nous allons maintenant examiner de plus près les causes et les effets de cette immigration.

Le rapide développement de l’industrie anglaise n’aurait pas été possible si l’Angleterre n’avait disposé d’une réserve : la population nombreuse et misérable de l’Irlande. Chez eux, les Irlandais n’avaient rien à perdre, en Angleterre ils avaient beaucoup à gagner; et depuis qu’on a su en Irlande que sur la rive est du canal St George tout homme robuste pouvait trouver un travail assuré et de bons salaires, des bandes d’Irlandais l’ont franchi chaque année. On estime qu’un bon million d’Irlandais ont ainsi immigré jusqu’ici et que maintenant encore, il y a 50,000 immigrants par an; presque tous envahissent les contrées industrielles et en particulier les grandes villes, y constituant la plus basse classe de la population. Il y a 120,000 Irlandais pauvres à Londres, 40,000 à Manchester, 34,000 à Liverpool, 24,000 à Bristol, 40,000 à Glasgow, et 29,000 à Edimbourg. Ces gens, qui ont grandi presque sans connaître les bienfaits de la civilisation, habitués dès leur jeune âge aux privations de toutes sortes, grossiers, buveurs, insoucieux de l’avenir, arrivent ainsi, apportant leurs mœurs brutales dans une classe de la population qui a, pour dire vrai, peu d’inclination pour la culture et la moralité. Laissons la parole à Thomas Carlyle.

Au XIXe siècle, les internationalistes s’arrangeaient pour limiter les flux migratoires intra-européens. Pour plus de détails je vous laisse avec cette vidéo de l’historien Nicolas Delalande, j’ai mis un time-code vers le passage qui traite de ce sujet.

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Le facho rouge-brun Jean Jaurès faisait déjà le jeu du FN en 1894.
Plus récemment, Georges Marchais s’opposait lui aussi à l’immigration. Mais en l’absence d’organisations internationales de travailleurs, ce combat contre l’immigration passait davantage par une répression d’Etat que par des arrangements entre travailleurs.

Ainsi, Georges Marchais fut par exemple favorable à l’expulsion des travailleurs maliens de Vitry. Tout cela pour des raisons strictement économiques bien sûr, il prend donc ses distances avec les discours racistes.

Je vous déclare nettement : oui, la vérité des faits me conduit à approuver, sans réserve, la riposte de mon ami Paul Mercieca, maire de Vitry, à l’agression raciste du maire giscardien de Saint-Maur. Plus généralement, j’approuve son refus de laisser s’accroître dans sa commune le nombre, déjà élevé, de travailleurs immigrés.

Cette approbation ne contredit pas l’idéal communiste. Au contraire.

La présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l’immigration posent aujourd’hui de graves problèmes.

Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables. Ce qui nous guide, c’est la communauté d’intérêts, la solidarité des travailleurs français et des travailleurs immigrés. Tout le contraire de la haine et de la rupture.

Certains — qui défendent par ailleurs le droit de vivre au pays pour les Bretons ou les Occitans — prétendent que l’immigration massive de travailleurs est une nécessité, voire un bienfait du monde contemporain. Non, c’est une conséquence du régime capitaliste, de l’impérialisme.

Des millions d’hommes sont contraints au cruel exil en terre étrangère, loin de leur ciel et de leur peuple, parce qu’ils n’ont pas de travail chez eux. Dans beaucoup de leurs pays la colonisation, le développement inégal propre au capitalisme ont laissé des traces profondes ; même dans ceux d’entre eux qui s’engagent sur la voie d’un développement socialiste elles peuvent subsister pendant de nombreuses années.

Ou bien encore les capitalistes qui dominent certains pays exportateurs de main-d’œuvre ne veulent pas ou ne peuvent pas résoudre les problèmes économiques et sociaux de leurs peuples et préfèrent tirer des profits immédiats de l’immigration, tout en affaiblissant par ces départs la classe ouvrière ; ainsi au Portugal ou en Turquie, malgré la lutte des forces les plus conscientes.

Quant aux patrons et au gouvernement français, ils recourent à l’immigration massive, comme on pratiquait autrefois la traite des Noirs, pour se procurer une main-d’œuvre d’esclaves modernes, surexploitée et sous-payée. Cette main d’œuvre leur permet de réaliser des profits plus gros et d’exercer une pression plus forte sur les salaires, les conditions de travail et de vie, les droits de l’ensemble des travailleurs de France, immigrés ou non.

Cette politique est contraire tant aux intérêts des travailleurs immigrés et de la plupart de leurs nations d’origine qu’aux intérêts des travailleurs français et de la France. Dans la crise actuelle, elle constitue pour les patrons et le gouvernement un moyen d’aggraver le chômage, les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, la répression contre tous les travailleurs, aussi bien immigrés que français.

C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. À cet égard MM. Giscard d’Estaing et Stoléru font le contraire de ce qu’ils disent : ils contribuent à l’entrée clandestine organisée de travailleurs dépourvus de droits et soumis à une exploitation honteuse et inhumaine.

De nos jours, certains métiers sont si mal payés que les français, qui heureusement ne s’abaissent pas aux caprices du patronat, ne veulent pas les faire. Pour ne pas qu’ils soient obligés de rendre ces métiers plus attractifs en relevant les salaires, que faire ? Et bien le gouvernement Macron leur propose d’exploiter des immigrés.

Ce que je cherche à vous dire c’est que ce ne sont pas « les immigrés qui volent le travail des français ». Il y a un prolétariat qui a besoin de travailler pour vivre et une bourgeoisie qui a besoin d’exploiter des travailleurs pour s’enrichir. Le seul qui vous vole quelque chose c’est le bourgeois, par l’extorsion de la plus-value de votre travail. L’immigré ne vous vole rien, il est utilisé par le bourgeois pour faire baisser le coût de la main d’œuvre. Parfois cela va vers des scandales incroyables. Dans Paris il y a par exemple régulièrement des scandales d’exploitation d’immigrés clandestins voire d’esclavage moderne. Si les bobos aiment l’immigration ce n’est pas tellement par amour pour la culture Burundaise mais plutôt par amour pour les standards sociaux très bas des travailleurs de ce pays.

Voilà pourquoi il ne faut pas détester les immigrés. Par contre il faut stopper l’immigration. Quand on vous demande pourquoi vous êtes contre l’immigration, n’oubliez jamais de demander à votre interlocuteur pour quelle raison rationnelle il y est favorable. Parce que l’immigration sous le capitalisme, ce n’est à aucun moment de l’enrichissement culturel mais c’est uniquement de l’exploitation au travail. Et en parlant de culture : trop d’immigration d’un coup, surtout lorsqu’elle vient de très loin, pose aussi des problèmes culturels. Mais ça c’est un autre problème et ce sera pour une autre histoire.

À propos de l’auteur

Travailleur d'une banlieue de province, possède une licence d'histoire, à République Souveraine.

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